2005/09 - Sur le thème de l'inclusion

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Expérience à la "Casa dos Pequenos Profetas"


La CPP - RECIFE, Nordeste, BRÉSIL - JUILLET 2005
 
Arrivée à Recife pour travailler avec une Communauté locale sur la question de l’Individu et des Equipes dans les Organisations, et posant comme principe que : « En chaque individu et dans les groupes, il existe un être humain qui avance dans la vie en accord avec trois nécessités fondamentales connues comme des comportements et qui sont présents dans toutes les relations interpersonnelles : nous parlerons d’inclusion, d’influence et d’ouverture ».

- 1. l’inclusion, marque le moment d’inclusion, d'intégration ou non dans le groupe ou la famille. En rapport au groupe, la question à se poser est "suis-je dedans ou dehors ?". 
- 2.  le contrôle, nous permet de faire face à la vie avec nos  compétences,  aptitudes, savoir faire, en étant responsable et suffisamment autonome : "suis-je en contrôle haut ou bas ?".  
- 3. l’ouverture, nous parle de notre capacité à être en intimité énotionnelle avec soi tout d'abord, et avec les autres : "suis-je fermé ou ouvert ?"

Si un de ces trois facteurs est en déséquilibre pour un membre de l’équipe, du groupe ou de la famille, celui-ci en témoignera dans un comportement lié au manque ou la la compensation. Il s’agit alors d'accompager les sentiments blessés ou fragilisés afin de cimenter les relations du groupe.

Après cette brève d'introduction sur l'Elément Humain, je vais témoigner de mon expérience la CPP « Casa dos Pequenos Profetas », maison de jour pour des enfants de rues.
 
"Quand je suis arrivée à la CPP, je fut surprise de l’ouverture et de la facilité existant pour entrer et aider. Tu veux aider, alors vas-y !. La vie nous habitue en Europe à être « super-formé » avant de pouvoir entrer où que ce soit pour donner de notre temps. Nous avons besoin de « savoir ». Ce fut une bonne surprise et j’ai senti immédiatement que l’expérience pouvait être à la hauteur de ce que j’acceptais de vivre. Je peux donner ce que j’ai pour donner et là, avec le peu de temps dont je disposais (une semaine), je me rendis compte que je ne pourrai donner que de la « présence », du savoir-être. Car quand nous entrons pour la première fois à la CPP, nous sommes appelés juste au niveau de notre capacité à être présent dans l’instant en face de ces enfants.

J’entrais donc dans une grande maison où chaque pièce est séparée avec des grilles. Je vis rapidement plus ou moins 40 enfants, très vivants, criant, jouant, courant de l’âge de 6 ans à 17 ans environ. Il y avait là un billard, un « baby-foot », une télévision et un sofa déjà bien ancien mais où les enfants aimaient rester pour se reposer ou regarder la télévision.

Je vis très rapidement le rôle des éducateurs, bien présents, agissant avec beaucoup de respect vis à vis de chaque enfant et attentif au respect des règles de la Maison. Prendre une douche après l’arrivée le matin, puis le petit déjeuner et participer aux activités de la Maison, comme conditions pour fréquenter la CPP régulièrement. Différents « ateliers » pendant la semaine, alphabétisation, thèmes de discussions, arts plastiques, « capoeira », percussions et autres.

La vie de la Maison que j’ai pu accompagner seulement quelques jours avant de rentrer vers Lisbonne, transforma certaines de mes croyances et toucha profondément mes valeurs. J’ai parlé avec les éducateurs et chacun trouvait des réponses avec son expérience, mais paraissait répondre plus essentiellement avec le cœur ! Une patience énorme en face d’enfants très fatigués de marcher toute la nuit dans les rues, traqués bien souvent par d'autres bandes et des milices pourrevenir « à la Maison » dès le matin et participer à un « atelier » sur la « Violence policière », par exemple.

Cela leur demande beaucoup d'énergie que d'inverser le processus et tenter de se ré-intégrer.


La liberté pendant la nuit quand le monde est obscur et « dangereux » pour les enfants et une maison avec des barreaux pendant la journée, pour les aider à retrouver une auto-estime. Le mot essentiel ici est le lien, la reconstruction du lien ... comme une tentative pour rétablir des liens affectifs qui ne soient pas basés sur la violence vis à vis d'eux-mêmes déjà et des autres. Ils ont perdu la dignité des êtres humains et ils se le font payer très cher.

Pour revenir à notre lecture en introduction, la Maison permet l’Inclusion dans un groupe plus grand et surtout un groupe où il y a des règles, des limites, de la nourriture et des adultes avec qui parler des problèmes rencontrés dans la rue : violence, faim, drogue, police … jusqu’à la mort des autres …

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Quand un enfant de la rue danse, joue, rie ou joue des percussions, il est comme tous les enfants du monde.

Juste dans le moment présent, entier, vivant dans ce moment avec tout son corps, mobilisant tout. Quelle beauté !



Ce serait presque possible, si nous pouvions observer la situation avec des yeux d’enfants de voir ces enfants égaux aux autres, si soudain, nôtre mental ne reprenait pas le contrôle pour nous rappeler que les « vêtements », les cicatrices du corps nous donnent comme information que ce sont des enfants de l’exclusion, de la marginalité, de la solitude et de la peur …


Et cependant, tant de tendresse de part et d’autre ; ils veulent savoir de notre vie, le mari, les enfants … comment la vie et pour nous … et ils voyagent très vite dans leur imaginaire ou soudain ils partent, comme si c’était trop d’un coup.

Il y a encore de la vie en eux, il y a encore de la lumière, il y a encore de l’espace pour jouer et je fus surprise de leurs élans pour nous toucher, pour continuer, pour peindre des cœurs dans « l’atelier » d’art plastique ou jouer avec plaisir – un instant – volé à la vie de la nuit, la vie de la drogue, de la peur et de la bande obligatoire pour survivre.

« Est-ce que Ricardo réapparaîtra demain avec son sourire ? »meninosderua

Et soudain, tout le discours sur l’inclusion prend un autre sens  face  à l’exclusion. Quel discours sur l’influence et sur notre capacité à faire face à la vie quand la vie est synonyme de lutte quotidienne pour survivre ? Quelle peut être l’ouverture aux autres et à l’amour quand les seuls signes de reconnaissance furent basés sur la violence, la haine ou les menaces de mort ?…

Il est nécessaire de revenir alors vers la première phase du cycle : l’Inclusion.
Ainsi le rôle d’une Maison comme celle-ci est de  proposer une maison aux enfants de la rue afin de reconstruire leur maison intérieure appelée « auto-estime ».

Une leçon de vie comme je n’aurai pu la vivre sans la rencontre avec Carole et l’ouverture de Demetrius qui accepta mon entrée à la CPP, merci.

Un apprentissage dans le monde de la simplicité, de la spontanéité et du cœur au-delà des situations rencontrées où la violence est omniprésente.

Merci à Alecio et à toute l’équipe des éducateurs, merci à Ricardo, Ana Paula, Abraão, Andrea, Cristina et tous les autres enfants qui m'ont permis cette expérience.  
    

Maryvonne - 2005-07-28